La paix des Dames

C’est aujourd’hui Jeanne Bourlon, alumna de la cinquième édition, qui nous propose son analyse de l’ouvrage La paix des Dames, coédité par les Archives diplomatiques, parmi la sélection d’ouvrages qu’elles ont gracieusement offerte à l’AADE.

“Le traité de Cambrai et les minutes nous projettent au cœur de la création institutionnelle et de la volonté normative si prégnante en ce début de XVIe siècle. Le triomphe de Marguerite et Louise de Savoie est double. Non seulement elles ont obtenu la paix à force de ténacité, mais elles ont obtenu d’agir dans un cadre institutionnalisé qui ne laisse plus place à l’informel, et qui leur donne un véritable titre et une véritable place en tant que femmes diplomates.”
Page 107

Analyse

Sous la direction de Guillaume Frantzwa et Sylvie Le Clech, l’ouvrage 1529 La paix des Dames : Faire la Paix à la Renaissance s’impose comme une contribution essentielle au renouvellement de l’historiographie de la Renaissance et de la diplomatie du XVIe siècle.

Issu en partie d’une journée d’étude de 2021 organisée par les Archives diplomatiques, ce volume trouve sa raison d’être dans un événement archivistique majeur : l’acquisition en 2019 de la minute du traité de Cambrai (3 août 1529), pièce exceptionnelle portant les signatures autographes de Louise de Savoie et de Marguerite d’Autriche.

L’étude vise à décrypter les dessous de cet accord qui met fin à la coûteuse septième guerre d’Italie. Ce livre collectif s’articule autour de trois axes fondamentaux.

Premièrement, il interroge le rôle inédit de la diplomatie féminine. Les contributions soulignent la stature de femmes d’État telles que Louise de Savoie et Marguerite d’Autriche, régentes liées par une même culture mais défendant des positions diamétralement opposées. Leur rencontre à Cambrai, ville libre d’Empire, fut l’occasion de tractations serrées, menant à une paix honorable pour la France malgré la défaite.

Deuxièmement, l’ouvrage offre une analyse juridique et diplomatique de la défaite. Il révèle l’habileté de Louise de Savoie à obtenir des aménagements significatifs, notamment par une « pirouette de juriste » permettant à François Ier de conserver la Bourgogne, malgré la validité proclamée du Traité de Madrid (1526). Si la France dut faire d’onéreuses concessions (rançon de deux millions d’écus d’or pour les enfants du roi, abandon des ambitions italiennes), l’intégrité territoriale du royaume était préservée. De plus, l’étude met en lumière le dispositif de consultation nationale inédit exigé par le traité, marquant un affaiblissement temporaire de l’autorité royale, qui dut faire garantir l’engagement par ses sujets.

Enfin, l’ouvrage adopte une approche méthodologique novatrice en se concentrant sur la « mise en archives » du traité. En retraçant le « destin » du document et l’éparpillement du dossier d’État, les chercheurs ne considèrent pas seulement les archives comme des sources, mais comme des objets d’histoire reflétant la stratification de la « mémoire d’État ».

Grâce à la diversité des contributeurs (universitaires et conservateurs) et à l’ancrage sur une source unique retrouvée, ce livre offre une lecture riche, technique et indispensable pour comprendre non seulement la Paix des Dames, mais aussi les mécanismes de pouvoir et la fabrique des traités à la Renaissance.


Les Alumni de l’ADE

27 rue de la Convention,

75 015 Paris,

France

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