C’est aujourd’hui Jeanne Bourlon, alumna de la cinquième édition, qui nous propose son analyse de l’ouvrage La paix des Dames, coédité par les Archives diplomatiques, parmi la sélection d’ouvrages qu’elles ont gracieusement offerte à l’AADE.

“Le traité de Cambrai et les minutes nous projettent au cœur de la création institutionnelle et de la volonté normative si prégnante en ce début de XVIe siècle. Le triomphe de Marguerite et Louise de Savoie est double. Non seulement elles ont obtenu la paix à force de ténacité, mais elles ont obtenu d’agir dans un cadre institutionnalisé qui ne laisse plus place à l’informel, et qui leur donne un véritable titre et une véritable place en tant que femmes diplomates.”
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Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a acquis en 2019, avec le concours de l’association des Amis des Archives diplomatiques, le chartrier de la famille de L’Aubespine.
Cet ensemble regroupe des correspondances diplomatiques du XVe siècle en grande partie inédites. Parmi elles se trouvait une pièce exceptionnelle : une minute du traité de Cambrai du 3 août 1529, portant les signatures autographes de Louise de Savoie, mère de François Ier, et de Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint. L’étude de ce document permet de mieux appréhender le conflit entre la France et les Habsbourg et les Guerres d’Italie sur la
période 1520-1540.
Cet ouvrage réunit les contributions d’universitaires et de conservateurs afin de décrypter les dessous de cet événement conduit par deux femmes de pouvoir. L’enjeu est de comprendre la maturation des processus juridiques et la formation des archipels documentaires qui constituent le support de l’histoire internationale du XVI e siècle. Autour de cette étude consacrée à la « paix des Dames », les chercheurs interrogent la diplomatie de la Renaissance, et surtout le rôle joué par les femmes dans le contexte des Guerres d’Italie.
– Résumé formulé par Les Archives diplomatiques
Analyse
Sous la direction de Guillaume Frantzwa et Sylvie Le Clech, l’ouvrage 1529 La paix des Dames : Faire la Paix à la Renaissance s’impose comme une contribution essentielle au renouvellement de l’historiographie de la Renaissance et de la diplomatie du XVIe siècle.
Issu en partie d’une journée d’étude de 2021 organisée par les Archives diplomatiques, ce volume trouve sa raison d’être dans un événement archivistique majeur : l’acquisition en 2019 de la minute du traité de Cambrai (3 août 1529), pièce exceptionnelle portant les signatures autographes de Louise de Savoie et de Marguerite d’Autriche.
L’étude vise à décrypter les dessous de cet accord qui met fin à la coûteuse septième guerre d’Italie. Ce livre collectif s’articule autour de trois axes fondamentaux.
Premièrement, il interroge le rôle inédit de la diplomatie féminine. Les contributions soulignent la stature de femmes d’État telles que Louise de Savoie et Marguerite d’Autriche, régentes liées par une même culture mais défendant des positions diamétralement opposées. Leur rencontre à Cambrai, ville libre d’Empire, fut l’occasion de tractations serrées, menant à une paix honorable pour la France malgré la défaite.
Deuxièmement, l’ouvrage offre une analyse juridique et diplomatique de la défaite. Il révèle l’habileté de Louise de Savoie à obtenir des aménagements significatifs, notamment par une « pirouette de juriste » permettant à François Ier de conserver la Bourgogne, malgré la validité proclamée du Traité de Madrid (1526). Si la France dut faire d’onéreuses concessions (rançon de deux millions d’écus d’or pour les enfants du roi, abandon des ambitions italiennes), l’intégrité territoriale du royaume était préservée. De plus, l’étude met en lumière le dispositif de consultation nationale inédit exigé par le traité, marquant un affaiblissement temporaire de l’autorité royale, qui dut faire garantir l’engagement par ses sujets.
Enfin, l’ouvrage adopte une approche méthodologique novatrice en se concentrant sur la « mise en archives » du traité. En retraçant le « destin » du document et l’éparpillement du dossier d’État, les chercheurs ne considèrent pas seulement les archives comme des sources, mais comme des objets d’histoire reflétant la stratification de la « mémoire d’État ».
Grâce à la diversité des contributeurs (universitaires et conservateurs) et à l’ancrage sur une source unique retrouvée, ce livre offre une lecture riche, technique et indispensable pour comprendre non seulement la Paix des Dames, mais aussi les mécanismes de pouvoir et la fabrique des traités à la Renaissance.

Sur les auteurs
Guillaume Frantzwa est archiviste paléographe, docteur en histoire de l’art et conservateur du patrimoine au Centre des Archives diplomatiques. Ses premières publications sont consacrées à l’Europe de la Renaissance : 1520. Au seuil d’un monde nouveau et Le rêve brisé de Charles Quint, chez Perrin en 2020 et 2023. Il est actuellement chef du département des publics et entrées extraordinaires, et chercheur associé au Centre Jean-Mabillon ainsi qu’au Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire.

Sylvie Le Clech, archiviste paléographe, est conservatrice générale du patrimoine et directrice adjointe des Archives du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Elle a publié entre autres sa thèse de l’École des chartes sous le titre Chancellerie et culture au XVI e siècle, les notaires et secrétaires du roi de 1515 à 1547, Presses universitaires du Mirail, 1993, et plus récemment Femmes de la Renaissance : elles ont lutté pour leur liberté, Tallandier, 2021.
Les Alumni de l’ADE
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