30ème conférence des ambassadeurs

Chaque année depuis 1993, tous les chefs de missions diplomatiques français se retrouvent à Paris pour la Conférence des ambassadeurs. La 30e édition s’est déroulée le 5 janvier dernier à Paris, en compagnie des ambassadeurs et ambassadrices français.es. Pour l’occasion, quatre alumni ont été sélectionnés pour participer et représenter l’ADE.


La Conférence des ambassadeurs

La première conférence s’est tenue en 1993, à une époque où la diplomatie française devait se réinventer face aux bouleversements géopolitiques engendrés par la chute du mur de Berlin. Trente ans plus tard, les débats portent sur les grands enjeux internationaux : la sécurité mondiale, la construction d’une Europe de la Défense, la diplomatie féministe, la diplomatie des territoires, ainsi que la lutte contre les manipulations de l’information.

Cette événement fut l’occasion pour le Président de la République, Emmanuel Macron, de revenir sur les trois axes majeurs de la politique étrangère de la France : contribuer à la sécurité de la France et des Français ; assurer la prospérité et la croissance de la France et de l’Europe ; et affirmer notre modèle.


“Protéger les Français, assurer notre prospérité, faire notre devoir pour nous protéger des désordres du monde : la ligne du Président de la République pour nos Ambassadeurs.”

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est également adressé aux Ambassadrices et Ambassadeurs, rappelant la voix singulière de la France sur la scène internationale, la créativité de sa diplomatie, qui est au service des Français :

« si la voix de la France est toujours entendue, si elle est toujours attendue et parfois redoutée, c’est parce qu’elle est toujours du côté de la justice, du droit et des règles collectives, dans un monde où ces dernières sont constamment remises en cause ».


Le continuum diplomatique

L’édition 2025 de la conférence des ambassadrices et des ambassadeurs a été l’occasion d’aborder de façon conjointe les trois grands sommets que la France accueille cette année :

  • le sommet de l’action pour l’intelligence artificielle en février 2025,
  • le sommet sur la sécurité alimentaire, « Nutrition for Growth » en mars 2025,
  • le grand sommet de l’ONU sur la protection des océans dit « UNOC » en juin 2025.

Les grands enjeux de la décennie

Il a également été question de mettre en lumière les grands enjeux internationaux actuels : sécurité mondiale, Europe de la défense, diplomatie féministe, lutte contre les manipulations de l’information et diplomatie des territoires.

À l’heure où l’ordre multilatéral est de plus en plus contesté, la France a réaffirmé son attachement à une Europe de la défense plus souveraine, notamment à travers le lancement du format Weimar+, réunissant autour d’elle l’Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie et la Commission européenne. Un déclaration conjointe à d’ailleurs été publiée le 13 février dernier. Une initiative directement liée à l’évolution du conflit en Ukraine et au changement d’attitude des États-Unis ces derniers mois.

L’agenda féministe a également occupé une place centrale avec la présentation, en avant-première, de la stratégie internationale 2025-2030 pour une diplomatie féministe. Ce document, structuré autour de cinq priorités allant de la défense des droits à la méthodologie de l’action publique, témoigne de la volonté de faire de l’égalité femmes-hommes un axe structurant de la politique étrangère. Cette ambition s’étend aussi au numérique : Conjointement avec les Pays-Bas, la France a porté à l’ONU en 2024 une résolution biennale sur les violences faites aux femmes en ligne et a lancé une déclaration internationale inédite pour intégrer la dimension de genre dans le développement de l’intelligence artificielle.

Pour suivre sur ce volet du numérique, la lutte contre la désinformation et la manipulation de l’information s’est aussi imposée comme un front diplomatique à part entière. Dans un contexte de guerre cognitive amplifiée par les conflits armés et les échéances électorales, la France entend se positionner comme un acteur moteur dans la régulation des contenus et la défense de la vérité, y compris dans les enceintes multilatérales.

Autre axe évoqué lors de cette édition : la diplomatie des territoires. Loin de se limiter aux grandes capitales, l’action extérieure de la France s’appuie de plus en plus sur ses collectivités, en métropole comme en Outre-mer, pour porter des coopérations régionales stratégiques et concrètes. Un enjeu qui croise d’ailleurs celui de l’agenda féministe, plusieurs travaux récents ayant souligné le rôle que les territoires ultramarins pourraient jouer dans la mise en œuvre de cette stratégie.

Le CAPS, 50 ans d’anticipation stratégique

Enfin, l’anniversaire discret mais symbolique du Centre d’analyse et de prévision stratégique (CAPS) s’est invité dans les échanges de cette 30e édition.

À 50 ans, ce think tank interne du Quai d’Orsay, créé en 1974 par Michel Jobert, s’affirme plus que jamais comme une boussole intellectuelle de la diplomatie française. En marge de la conférence, plusieurs pistes ont été évoquées : proposer une lecture stratégique des dix ans de l’Accord de Paris, accompagner l’ambitieux agenda de transformation du ministère, et relancer les Carnets du CAPS, ces publications prospectives qui tissent un lien entre diplomates et chercheurs. Dans une diplomatie de plus en plus contrainte par l’instantanéité, le CAPS rappelle l’utilité vitale d’un temps long de la pensée.

La présence des alumni de l’ADE

Grâce aux liens forts unissant les alumni et le MEAE, 4 personnes sélectionnées par l’AADE ont eu la chance de se rendre à cet incroyable événement. Ils nous ont partagé leur ressenti :

Une ambiance à la fois conviviale et professionnelle

L’atmosphère générale de la Conférence des Ambassadrices et Ambassadeurs a été marquée par un équilibre parfait entre convivialité et professionnalisme. L’ambiance oscillait entre retrouvailles chaleureuses et moments de travail, avec une dynamique collective centrée sur les enjeux à venir. La réception inaugurale au Quai d’Orsay a constitué un premier temps fort de l’événement, offrant un cadre informel propice aux échanges entre les participants.

Comme l’a exprimé un des participants : “Cet événement a tout de suite instauré un climat de confiance et de convivialité, comme une grande famille retrouvée.”

Le lendemain, l’atmosphère est devenue plus formelle avec les séances plénières et les tables rondes qui se sont enchaînées au site Convention du ministère. Ces moments ont permis des discussions profondes, tout en renforçant le sentiment d’appartenance à un univers diplomatique de plus en plus complexe.

Des échanges signifiants pour de futurs diplomates

L’événement a offert une occasion unique pour les participants de rencontrer des diplomates en poste à travers le monde, mais aussi des personnalités politiques et économiques de haut niveau. Ils ont ainsi pu échanger avec des ambassadeurs en poste en Belgique, au Honduras, ou encore en Croatie. Ces discussions ont permis de découvrir les parcours de ces diplomates, leurs expériences et la façon dont ils affrontent les défis de leur fonction.


Vous me paraissez un peu jeune pour être ambassadeur ». 4 jeunes au milieu de près de 200 diplomates, il est vrai que nous étions quelque peu remarquables et notre profil a intéressé plus d’un ambassadeur

L’un des moments les plus marquants d’un des participants a été une rencontre avec l’ambassadeur de France en Chine, M. Lortholary.

“La diplomatie n’est pas seulement une affaire de représentation, mais de culture, de langage, et surtout de compréhension du monde qui nous entoure.” 

Cette rencontre a été un moment fort pour de nombreux participants, marquant un tournant dans leur perception de la diplomatie.

Un enrichissement personnel et professionnel décisif

Participer à cette conférence a été pour de nombreux participants une expérience précieuse, tant sur le plan personnel que professionnel. Cet événement leur a permis de mieux comprendre les dynamiques de la diplomatie française et d’enrichir leur vision du monde diplomatique. Pour certains, cet événement a confirmé leur désir de poursuivre une carrière diplomatique. Comme l’a exprimé l’un des participants : 

“J’ai réalisé que ma place est ici, parmi ces acteurs de la diplomatie qui façonnent l’avenir du monde.”

Les échanges avec des diplomates et des acteurs du ministère ont été l’occasion de récolter des conseils précieux pour leur parcours professionnel, consolidant ainsi leur volonté de suivre la voie de la diplomatie.

Vers plus de présence d’alumni aux événements diplomatiques ?

Enfin, une réflexion s’est imposée à la fin de cet événement : “Le MEAE devrait inviter plus souvent des alumni à ce type d’événements.” Avec près de 100 alumni qui rejoignent chaque année le réseau de l’ADE, cela permettrait aux jeunes talents de la diplomatie de s’immerger davantage dans l’univers diplomatique Cela formerait une continuité et enrichirait les débats de cette “famille diplomatique” toujours en expansion.


En bref, la Conférence des Ambassadrices et Ambassadeurs 2025 a été un moment phare pour quiconque s’intéresse à la diplomatie française. Les échanges, les rencontres marquantes et la réflexion sur l’avenir de la diplomatie ont profondément marqué les alumni présents et ont redéfini leur approche des enjeux internationaux. Les alumni ont ainsi hâte d’assister à plus d’évènements de ce genre.


Les Alumni de l’ADE

27 rue de la Convention,

75 015 Paris,

France

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